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La Dame Blanche de Trécesson

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La Dame Blanche de Trécesson

Message par chevalier01 le Mar 30 Sep - 18:50

Cela se passait aux environ de 1750, par une nuit
d’automne, un braconnier était embusqué dans le parc du château et y
guettait sa proie, quand il crut entendre un bruit lointain. Craignant
d’être découvert, il cacha précipitamment son fusil et grimpa sur un
arbre. A peine y était-il établi qu’il aperçut, à l’extrémité de la
grande allée du parc, une voiture attelée de chevaux noirs et suivie de
plusieurs domestiques qui portaient des torches allumées. L’équipage
s’avançait lentement et presque sans bruit, aucune voix n’interrompait
le silence de la nuit, qui n’était troublé que par le pas mesuré des
chevaux et par le froissement des roues sur les branchages et les
feuilles desséchées. Cet étrange cortège s’arrêta à quelques pas du
braconnier, qui vit bientôt, à la lueur des torches, plusieurs hommes
munis de bêches et de pioches, s’avancer de son côté et se mettre à
creuser une fosse précisèment au pied de l’arbre sur lequel il se
trouvait. Au même instant deux gentilshommes, dont le rang élevé
s’annonçait par l’élégance et la recherche de leur costume, sortirent
de la voiture et firent descendre avec violence une jeune femme
richement parée. Elle portait une robe de soie blanche, sa tête était
couronnée de fleurs, un bouquet ornait son sein, tout indiquait une
jeune fiancée qu’on va conduire à l’autel, mais sa chevelure était en
désordre et ses yeux pleins de larmes, ses joues pâles, ses gestes
suppliants annonçaient assez qu’elle était en proie à l’épouvante.
Traînée plutôt que soutenue par ses conducteurs, quelquefois elle se
débarrassait de leurs bras, se précipitait à leurs pieds, embrassait
leurs genoux,les appelait ses frères et ses amis, et les suppliait en
sanglotant de ne pas lui arracher la vie. Ce fut en vain, ses
persécuteurs demeurérent froids et inflexibles devant ses supplications
désespérées, et loin de paraître ému, l’un deux la repoussa brutalement.

Mes
frères, mes amis, oh! je vous en supplie, ne me faites pas de mal. -Vos
frères! non Madame, nous ne le sommes plus, vous avez cessé
d’appartenir à la famille que vous déshonorez. -Au nom du ciel! ne me
tuez pas. Faut-il donc mourir si jeune! Au moment d’atteindre au
bonheur! Ah ! que la mort est affreuse. -Il faut pourtant vous y
résigner, Madame, les pleurs sont inutiles, votre heure est venue, vous
allez mourrir.

La fosse était
creusée, les cavaliers firent signe à leurs gens, qui s’emparèrent de
la jeune dame. L’infortunée se débattit longtemps dans les bras de ses
bourreaux, mais malgré ses efforts désespérés, malgré ses supplications
et ses larmes, elle fut jetée dans la fosse qu’on recouvrit
précipitamment de terre pour étouffer ses derniers gémissements, puis
les deux seigneurs remontèrent dans la voiture, l’équipage s’éloigna au
grand trot des chevaux, et quelque moment après, le parc de Trécesson
avait repris son obscurité, son calme et son silence.

Pendant
cette scène affreuse, le braconnier, le coeur serré par l’effroi, avait
à peine pu respirer. Lorsque la voiture eut disparu, lorsqu’il eut
cessé d’entendre le pas rapide et cadencé des chevaux qui
l’entraînaient, il se décida à descendre de son arbre, mais, plein de
trouble et d’épouvante, il ne songea pas à écarter la terre qui
étouffait la malheureuse femme qu’on venait d’assassiner sous ses yeux.
ll courut en toute hâte chez lui, où il raconta, tout éperdu, à sa
femme, le crime dont il avait été le témoin. Celle-ci fit de vifs
reproches à son mari et l’accusa de lâcheté. L’entraînant ensuite, elle
voulut aller dans le parc pour ouvrir la fosse, mais une réflexion
terrible lui vint: si elle et son mari allaient être surpris auprès
d’un cadavre à peine froid, ne leur imputerait-on pas le crime affreux
qui venait d’être commis? Cette crainte l’arrêta, elle jugea qu’il n’y
avait rien de mieux à faire que de se rendre auprès de M. de Trécesson
et de lui raconter ce qui s’était passé. Le braconnier et sa femme,
introduits chez leur seigneur, purent à peine, tant ils éprouvaient de
crainte, lui faire le récit du crime qui venait d’être commis sur ses
terres. Aussitôt que M. de Trécesson eut compris de quoi il s’agissait,
il se hâta de faire appeler tous les gens de sa maison et de leur
donner l’ordre le plus pressant de se rendre au lieu indiqué, où
lui-même les suivit bientôt. Cependant ces démarches, ces préparatifs
avaient emporté le temps. Le jour était prêt à paraître lorsqu’on put
commencer à enlever la terre qui recouvrait la fosse. Tous les regards,
dirigés sur le même point, annonçaient l’anxiété des acteurs de cette
scène, l’espérance et la crainte, l’attendrissement et l’horreur se
succédaient. Enfin, lorsque le visage de la jeune dame parut à
découvert, celle-ci ouvrit doucement les yeux, poussa un long soupir et
ses yeux se refermèrent pour toujours.

M.
de Trécesson fut profondèment affligé de cet événement. ll lui fit
rendre les honneurs funèbres avec une pompe digne du rang qu’elle
paraissait avoir occupé dans le monde. Par la suite, il fit de
nombreuses démarches pour découvrir les assassins, mais toutes ces
recherches furent inutiles, on ne put savoir ni le nom de cette jeune
dame qui avait disparu d’une si étrange manière, ni la cause du sort
cruel qu’on lui avait fait subir, et cet évènement extraordinaire et
toujours resté enveloppé, d’impénétrables ténèbres. Cependant, le
souvenir s’en est transmis jusqu’à nous par des signes certains, M. de
Trécesson avait solennellement déposé dans la chapelle du château la
robe nuptiale, le bouquet et la couronne de fleurs de la jeune et
malheureuse fiancée qui restèrent sur l’autel, exposés à tous les
regards, jusqu’à l’époque de la Révolution.
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chevalier01
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